Nos parents nous ont appris à vivre en harmonie avec la nature, à la respecter et à la préserver — pour notre génération, celle de nos enfants et celles à venir. Que ce soit à travers les aliments, la manière de se nourrir ou une véritable philosophie de vie, cette transmission est restée au cœur de notre engagement.
Cela fait 35 ans cette année.
Petite, j’ai passé chaque année de nombreuses semaines en France avec mes parents. Leurs nombreux amis français m’ont profondément marquée. Souvent, ma mère me parlait d’eux, de la France… et de V. G. d’E., né à Coblence (en Allemagne, on dit Koblenz), dans la maison de ma grand-mère.
Ces liens ont fait naître en moi, très tôt, le désir de venir vivre en France.
En 1990, Lutz — mon mari — et moi sommes retournés sur les lieux que mes parents m’avaient fait découvrir. C’est ainsi que nous sommes passés par Thermes-Magnoac… où notre regard s’est arrêté sur une vieille ferme : depuis la route, on n’apercevait qu’un toit, perdu au milieu d’un champ.
Malgré les marques du temps, cette ferme gasconne de 1741 nous séduisit immédiatement, posée sur son lopin de terre planté de quelques arbres. La chère Juliette, qui en était la propriétaire, se mit rapidement d’accord avec sa famille pour nous la vendre.
Le matériau argile — la « terre », la terre mère — accompagne Lutz et moi, comme il accompagne l’humanité depuis toujours.
Depuis trente-cinq ans, après un long apprentissage, notre métier est de façonner cette noble matière ; notre vie est d’entrer avec elle en voyage. Un chemin exigeant, guidé par la recherche de la perfection, la patience du geste juste et l’amour profond du métier — des valeurs que je partage tout autant dans mon travail de cuisinière.
Jusqu’à aujourd’hui, ce voyage nous conduit au cœur de l’art, avec son lot de défis toujours renouvelés et de découvertes innombrables.
Ainsi, en 1991, nous avons cessé notre activité de potiers en Allemagne pour venir nous établir ici, à la Maison Terrade de Thermes-Magnoac, avec nos enfants Sara-Esther, Christian et Catherine-Caroline.
C’est de nos mains — et avec l’aide précieuse de nos merveilleux enfants — que nous avons peu à peu relevé les ruines de cette bâtisse, en commençant par le toit, pour en faire une maison vivante et chaleureuse. Ensemble, nous avons appris, transmis, recommencé, chacun apportant sa force, son regard, son engagement.
Beaucoup pensaient que nous ne tiendrions pas ici plus d’un an…
D’autres, au contraire, sont venus nous soutenir, nous encourager. Cette solidarité, faite de gestes simples et de confiance partagée, nous a permis de rouvrir La Poterie Hillen… en France.
La propriété s’étend sur six hectares et est traversée par un chemin historique reliant Thermes-Magnoac à Boulogne-sur-Gesse. Lors de notre arrivée, elle ne comptait que six arbres : deux chênes bicentenaires, un frêne bicentenaire, un magnifique châtaigner, un sapin noble et un tilleul. Très tôt, l’idée de créer un jardin s’est imposée à nous, comme une évidence à transmettre aux générations futures.
Dès la première année, en 1991, nous avons tenté de faire pousser des légumes dans une terre dure comme la pierre. Il fallait la comprendre, la soigner, l’enrichir. Il manquait aussi des arbres pour offrir de l’ombre. Après des années d’exploitation agricole, les haies avaient presque disparu le long des fossés. Nous avons commencé à les replanter avec des arbres et des arbustes endémiques, conscients que chaque geste posé aujourd’hui construirait l’équilibre de demain.
Notre objectif était simple et essentiel : préserver la biodiversité, afin que la flore, la faune et l’être humain puissent coexister en harmonie. Il nous tenait à cœur de redonner à ce lieu son caractère, sa personnalité d’origine, et d’en faire un espace d’apprentissage, de respect et de transmission.
Cette transmission s’exprime dans chaque geste : dans le travail de la terre comme dans celui de la céramique, dans la patience du façonnage comme dans celle de la cuisine. Le respect du produit, du temps, du vivant guide aussi bien le jardin que l’atelier ou la table. Ce sont les mêmes valeurs que nous avons partagées avec nos enfants, puis avec celles et ceux qui passent ici : apprendre en faisant, comprendre en observant, transmettre sans imposer.
Au fil des années, arbrisseaux, plantes vivaces, fleurs, légumes et fleurs sauvages ont trouvé leur place dans le jardin. Aujourd’hui, ce sont plus de 12 000 plantations qui y ont été réalisées, autant de racines pour l’avenir.
Peu à peu, le jardin s’est agrandi. Des visiteurs sont venus, se sont sentis bien, ont observé, questionné, appris. C’est dans cet esprit de partage, d’humanité et de transmission que nous avons décidé d’ouvrir le jardin au public.
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Le jardin est aménagé sur plusieurs niveaux, et son thème évolue au fil des saisons. Nous y intégrons régulièrement des objets dits « dynamiques », afin de lui offrir sans cesse une apparence renouvelée. Des espaces volontairement immobiles côtoient des éléments accroche-regard qui, par leurs formes organiques, trouvent naturellement leur place dans cet ensemble.
Pour nous, ce jardin est le prolongement naturel de notre création artistique ; il s’accorde pleinement avec le projet de vie que nous avons choisi. Tout a été financé par notre travail de céramistes. Pas de vacances pour nous — mais aucun regret : nous avions déjà beaucoup voyagé, et ici se trouvait désormais l’essentiel.
Aujourd’hui, je me sens européenne, sans frontières ni murs dans la tête. Mes racines ont pris dans cette nouvelle patrie. Lutz aussi a de la famille ici. L’amour a su unir les Français et les Allemands.
Mais ce jardin, nous l’avons aussi créé pour vous — vous qui venez de toute la France jusqu’au petit village de Thermes-Magnoac. Nous l’avons imaginé comme un lieu de transmission et de partage, pour montrer que chacun porte en lui une part d’artiste, et qu’avec des moyens simples, il est possible de créer des merveilles, de rendre le monde plus beau.
Ce monde, il nous appartient de le respecter et d’en prendre soin. La terre est le cadeau le plus précieux qui soit. Offrir un espace protégé aux animaux et aux végétaux, préserver le vivant, transmettre ce respect aux générations futures : voilà, à nos yeux, l’un des plus beaux engagements que l’on puisse prendre.
Cette transmission se vit au quotidien, dans le geste patient de l’artisan comme dans celui de la cuisinière, dans le travail de la terre comme dans le respect du produit. Qu’il s’agisse de façonner l’argile, de cultiver le jardin ou de cuisiner, c’est la même attention au vivant, au temps et à l’humain qui guide nos pas. Si ce lieu peut, à son tour, inspirer, éveiller ou donner envie de créer, alors il aura pleinement rempli sa vocation.
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| imagination , papier, terre ....couleur, branches, carton....et voila c'est parti |
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| l'idée prends forme |
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2009 -> 2013 ( prise des photos) |
Nous fêterons nos 35 ans un peu plus tard, peut-être au mois de septembre… et ce sera avec vous !
When I was little, I spent many weeks every year in France with my parents. Their many French friends left a deep impression on me. My mother often spoke to me about them, about France… and about V. G. d’Est., who was born in Koblenz, in my grandmother’s house!
These early connections planted a lasting desire in me to come to France.
In 1990, Lutz and I revisited the places my parents had introduced me to… and we passed through Thermes-Magnoac… where we noticed an old farmhouse: from the road, all we could see was a roof, sitting alone in the middle of a field.
Though the house had been badly worn by time, we were drawn to it — this Gascogne farmhouse from 1741, on a small plot of land dotted with a few trees. The dear Juliette, its owner, quickly reached an agreement with her family to sell it to us.
The material clay — earthenware, mother earth — has accompanied Lutz and me, as it has accompanied humanity throughout its history. It is our profession (for 27 years, following a long apprenticeship) to shape this noble material. We have journeyed alongside it all our lives. Even today, it remains a voyage into the heart of art, full of new challenges and endless discoveries.
So, in 1991, we closed our pottery in Flörsheim-Wicker and settled here, at Maison Terrade in Thermes-Magnoac, with our children Christian, Sara, and Catherine-Caroline.
It was with our own hands — and the precious help of our children — that we gradually rebuilt the ruins of the house, starting with the roof, and transformed it into a warm, welcoming home.
Many thought we would not survive here for more than a year…
But others came to encourage us, to support us. And thanks to them, we reopened La Poterie Hillen… in France!
The property covers five hectares and is crossed by a historic path leading from Thermes-Magnoac to Boulogne-sur-Gesse. When we acquired it, it had only six trees: two 200-year-old oaks, a 200-year-old ash, a magnificent chestnut, a noble fir, and a lime tree. Very early on, the idea of creating a garden took hold of us.
In that first year, 1991, we tried to grow vegetables in soil as hard as stone. We needed to enrich it, and there were too few trees for shade. Years of farming had left almost no hedges along the ditches. We began replanting with native trees and shrubs, aiming to foster biodiversity so that flora, fauna, and humans could coexist in harmony. Restoring the land’s character, its original personality, was very close to our hearts. Over the years, we welcomed young trees, perennials, flowers, vegetables, and even wildflowers into the garden. Today, we have made more than 12,000 plantings.
Gradually, the garden grew. Visitors came, felt at ease, lingered, and learned. So we decided to open it to the public.
The garden is arranged on several levels, and its theme changes with the seasons. We regularly introduce “dynamic” objects to give it a renewed look. Immobile areas sit alongside striking focal points, which, through their organic shapes, blend naturally into the whole. For us, the garden is an extension of our artistic creation, fully aligned with the life we have chosen. Everything has been funded through our ceramics — no holidays for us, but no regrets, for we had traveled widely before.
Today, I see myself as a European, with no borders or walls in my mind. My roots have taken hold in my new homeland. Lutz has family here as well. Love has united French and Germans.
This garden, we have also created it for you — for everyone who comes from across France to this small village of Thermes-Magnoac. We created it to show that everyone has an artist within them, and that with simple means, it is possible to create beauty, to make the world a little more wonderful.
We must respect this world, care for it, for our earth is the most precious gift of all. Providing a safe haven for animals and plants, preserving it for the future — that, to us, is one of the most meaningful things we can do.
January 2026 — some thirty-five years later










